DU BON USAGE DU COMMUNISME DANS UNE ECONOMIE LIBERALE
Un village chinois figé à l'ère Mao
Article de Caroline Dijkhuis paru dans " 20 minutes " du 1er mars 2007
" A Nanje, dans le Henan {Est), les habitants se réveillent chaque matin sur L'Est est rouge, un air révolutionnaire qu'on ne chante plus dans le reste de la Chine depuis vingt-cinq ans. Pas de doute, on est toujours en terre communiste. Nanje, village de 3 600 habitants, est le dernier bastion collectiviste de l'empire du Milieu. Un passage à la privatisation a été tenté dans les années 1980. " Mais ça a été une catastrophe : les paysans ne savaient pas travailler seuls ", explique Wang Hongping, le chef du village. Il a donc proposé de reprendre le mode de vie édicté par Mao et son décorum austère : publicité et restos chics interdits, slogans communistes sur les façades.
L'autocritique est encore pratiquée : " Pour le folklore ", assure-t-il, souriant. Les habitants s'en accommodent. Car entre-temps, Nanje s'est industrialisé et, avec ses vingt-six usines, est devenu le village le plus riche de la région. " On reçoit, quel que soit notre métier, 250 yuans par mois (25 €) ; c'est peu, mais tout est payé ! Le loyer, les meubles, l'école et les mariages ! ", s'exclame Qu Yuhong. Diplômée en commerce, elle est l'une des six cents " citoyens d'honneur " qui ont choisi de s'installer ici. Comme HungZunxian, 71 ans: " J'ai de l'eau chaude 24 heures sur 24 ; ma vie est meilleure qu'en ville ", assure-t-elle.
Mais le système a ses limites. Si les usines font 1,6 milliard d'euros de chiffre d'affaires, le village ne parvient pas à éponger ses 60 millions d'euros de dettes. Les villageois ont l’interdiction d'épargner. Et surtout, cette " utopie communiste " ne s'applique pas aux 6000 ouvriers qui peuplent les dortoirs de Nanje et travaillent douze heures d'affilée. " Ils ne sont communistes qu'entre eux, nous ils nous exploitent " , raconte Li Xiaorui, une serveuse de 20 ans. Wang Hongping ne le cache pas : " Sans ces ouvriers, le village ne serait pas si riche. Mais ils ne cherchent qu'à gagner de l'argent. Alors on leur donne un salaire plus élevé (60 €), mais sans avantages sociaux. "