La Médaille des Injustes
Il est un pays dans lequel on a créé une "Médaille des Justes" qui récompense ceux dont la conduite a été exemplaire au regard de la morale.
Pourquoi ne pas créer une " Médaille des Injustes " que l'on décernerait aux juges qui, dans notre pays, prononcent des sentences dont toute humanité semble exclue dans l'application stricte et rigide de la loi ?
Par exemple , que penser du juge qui a condamné à un mois de prison un RMIste qui avait volé un sandwich à 1,09 Euro dans une supérette (il faut dire que ce délinquant multi-récidiviste avait déjà été condamné 9 fois pour vols ou dégradations, ce qui en faisait évidemment un dangereux criminel. Ceci étant, les hommes politiques qui détournent des milliards prennent parfois moins que ça.)
Que penser de cet autre juge qui a condamné à quatre mois de prison ferme un marginal un peu "illuminé" de 44 ans, qui avait osé voler un doigt en bronze sculpté par l'artiste César lors d'une manifestation culturelle, pour " le mettre en sécurité chez lui ". Comme l'accusé expliquait qu'il avait volé l'objet parce qu' " il était abandonné, comme tout ce que j'ai déjà volé ", le juge a cru bon de lui déclarer, avec un humour digne d'un homme de loi : " Il vous reste un doigt pour convaincre le Juge d'Application des Peines. "
Dans le même esprit de justice, on peut s'étonner que, cinq ans après le vote de la loi Kouchner, qui permet les suspensions de peines de prison pour des raisons médicales, deux cent soixante neuf suspensions ont été accordées sur cinq cent trente trois demandes. Dans le même temps, plus de quatre cents détenus sont morts en prison, sans compter les cas de suicide. Pour que cette suspension soit appliquée, le pronostic vital du détenu doit être engagé et son état "durablement incompatible" avec la prison. Moyennant quoi, le bénéficiaire le plus connu de cette loi a été Maurice Papon, relaché avant la fin de sa peine, alors que, pour les prisonniers d'Action directe, qui ont déjà purgé leur peine de sûreté et s'accrochent aux barreaux depuis vingt ans, la question de leur libération n'est pas à l'ordre du jour quels que soient leur état de santé et les pronostics vitaux engagés pour tel ou tel d'entre eux. Nathalie Ménigon, gravement malade, achève de pourrir dans une geôle du pays des droits de l'homme. Joëlle Aubron, rongée par le cancer, a eu la faveur de pouvoir mourir en liberté surveillée, quelques mois après son élargissement.
A vous de juger ...