Vous avez dit : " Au nom du Tiers-Etat " ?
Le livre de François Bayrou " Au nom du Tiers-Etat " présente une bonne analyse de la situation actuelle du peuple français, car elle met en évidence que ses représentants sont méprisés par le pouvoir exécutif.
Cependant, en y regardant de près, on constate que le Parlement n'est plus, lui non plus, représentatif de la population française, ne serait-ce que par sa composition sociologique.
En effet, si l’on compare la répartition des catégories socio-professionnelles au sein de l’Assemblée Nationale à celle qui existe dans la population, on constate que :
- 60,5% des députés sont cadres ou appartiennent aux professions intellectuelles supérieures alors qu’ils sont 7,6% dans la population,
- 8 ,7% sont commerçants, artisans ou chef d’entreprise, alors qu’ils ne sont que 3,1% dans la population,
- 1,7% des députés sont des employés, alors qu’ils représentent 16% de la population
- 0,7 % sont des ouvriers, alors qu’ils sont 14,1 % dans la population
- Seules les professions intermédiaires sont représentées à leur juste taille (14,6% des députés pour 12,4% dans la population)
On constate donc que l’Assemblée Nationale est composée à 70% de gens qui ne représentent que 10% de la population (cadres, professions intellectuelles supérieures, commerçants, artisans et chefs d’entreprises). Quant aux ouvriers et employés, ils sont 30% dans la population, mais 2,4% des députés.
Quant à ceux qui appartiennent aux organes de décision gouvernementaux sans avoir jamais eu à dépendre du suffrage populaire (chefs et membres des cabinets ministériels, hauts fonctionnaires, etc.), il est certain qu’une analyse de leurs origines socio-culturelles serait encore plus significative .
Les pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires sont donc maintenant, comme à la veille de 1789, aux mains d'une caste qui monopolise tous les pouvoirs économiques, financiers, politiques et - temps modernes obligent - médiatiques ; caste qui, de plus, ne donne aucun espoir à ceux qui n'y appartiennent pas de voir leur descendance avoir un jour accès à un niveau élevé de responsabilités : le pourcentage d’enfants de classes populaires qui accèdent à l’enseignement supérieur n’a cessé de diminuer depuis 1982. Et on trouve malheureusement dans ces réseaux du pouvoir des gens affublés de toutes les étiquettes politiques.
Bref, le fonctionnement de la démocratie est bloqué et il semble devenu indispensable de refonder la république sur de nouvelles bases pour éviter la désespérance populaire et, peut-être un jour, une crise violente.
Cependant, en allant sur site de l'UDF on trouve la phrase suivante qui me semble contradictoire avec les objectifs de François Bayrou, ou pour le moins pénalisante pour leur réalisation :
"Pour l'UDF, la réponse est de proposer non pas une nouvelle structure d'appareil mais le pluralisme et la réforme."
On ne voit pas comment un système qui a généré les perversions actuelles pourrait être conservé sans que l’on se retrouve avec les mêmes problèmes tôt ou tard. L’analyse de la représentation nationale montre que, même si ces déviations tiennent pour une grande part aux hommes qui font fonctionner l’appareil démocratique, elles trouvent aussi leur origine dans sa structure.
En tout état de cause, et compte-tenu de ce constat, il semble que la prochaine constitution de la République, si on arrive à en imposer une à ceux qui détiennent tous les pouvoirs et tous les " postes-clés ", ne pourra faire l’économie de la mise en place d’une démocratie participative impliquant des changements dans les structures représentatives.
Car il me paraît illusoire que le pluralisme et la réforme sans une rénovation des structures représentatives de la république soient suffisants pour changer le fonctionnement actuel des institutions et le blocage de la machine démocratique.