Comme au temps du Maréchal, de l’Occupation, de la Milice et de la Gestapo :
Cette semaine, un chauffeur de poids lourd s’est fait coincer par la patrouille parce qu’il avait été " radarisé " à 143 km/h sur l’autoroute au volant de son 19 tonnes, ce contre quoi on aurait du mal à s’élever. On ne peut reprocher à la police chargée de la surveillance de la circulation de faire son travail et de sanctionner les comportements dangereux pour leurs auteurs et pour leurs semblables.
Ce qui est gênant dans cette histoire est que, si les informations que j’ai entendues sur France-Inter sont exactes, c’est que le coupable a été arrêté parce qu’il avait été dénoncé par un autre automobiliste.
On se rend donc compte maintenant que, moins d’un an après l’arrivée au pouvoir d’un candidat qui n’a pas hésité à aller racoler sur le terrain électoral de la vieille Droite réactionnaire, notre société française est en train de régresser au niveau où elle était avant la fin de l’Occupation nazie.
Après la remise en cause des avancées sociales qui avaient marqué le retour de la France vers le progrès (Sécurité Sociale, droit de vote des femmes, etc) après 5 ans de régime réactionnaire pétainiste, la société française est en train de retourner à ses démons de la triste période du régime de Vichy : la délation est de retour parce qu’elle est encouragée par le pouvoir en place depuis le 6 mai 2007, avec la collaboration des médias complaisants à son égard.
Après les tracts promettant de rémunérer ceux qui dénonceraient les auteurs d’agressions envers les forces de l’ordre, il semblerait que la société française passe au stade suivant. Certains citoyens zélés n’ont même pas besoin d’être rémunérés pour collaborer au maintien de l’ordre moral et à la sécurité. La ministre de la Santé Roselyne Bachelot n'a d'ailleurs pas caché, au micro de France-Inter, qu'elle comptait sur les délations pour faire respecter la loi anti-fumeurs.
On se dit que ce devaient être leurs parents, ou des citoyens aussi zélés qu’eux qui, de 1940 à 1945 se sont fait un honneur de dénoncer les Juifs censés capter la richesse nationale ou les résistants opposés à la collaboration avec les Nazis, avec le sentiment de remplir leur devoir de citoyen protégeant l‘ordre moral et la sécurité de leur pays.
Sarkozy nous avait promis de nous faire oublier 68 et, dans son discours télévisé du nouvel an, il nous a promis un changement de civilisation : on comprend maintenant très bien ce que cela veut dire. On assiste à une américanisation à marche forcée de la société française, pour nous faire adopter très rapidement l’ordre moral et les mœurs de la société d’outre-atlantique dans laquelle il est tout à fait normal, surtout depuis le " Patriot Act " que les compagnons de Bush sont arrivés à faire passer, de dénoncer un voisin suspect, de distribuer dans les boîtes à lettres de son quartier l’adresse du pédophile ou du récidiviste du coin, d’être signalé aux services de police si l’on emprunte des livres jugés " subversifs " dans les bibliothèques, bref d’avoir beaucoup de petits ou gros ennuis selon qu’on soit jugé " marginal " ou " terroriste " par ses voisins.
Pas besoin d’attendre " Big Brother " pour qu’apparaisse un monde dans lequel on sera dénoncé comme " anti-social " par ses voisins, ses amis ou sa famille si on ne fréquente pas une église, une synagogue ou une mosquée, on y est déjà.